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Challenge historique / Historical challenge
Septembre / September 1944
Captain Charles Scheffel
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Parmi tous les hommes valeureux qui combattirent au sein
de la 9th Infantry Division, il en est un à qui nous voulons tout particulièrement rendre hommage :  le Captain Charles Scheffel. Il devait être l'invité d'honneur de notre manifestation en 2011. Malheureusement, le destin en a décidé autrement.

Nous lui dédions "On the way to Berlin"

 

 

Captain Charles SCHEFFEL

C. Co. - 39th IR - 9th US ID

(1919 - 2011)

 

Photographie de Charles pour l'album des officiers du ROTC

Charles Scheffel Jr est né le 17 juin 1919 à Enid, en Oklahoma. Son père, Charles Scheffel Sr, émigre d’Allemagne à la fin du XIXe siècle, s’engage dans l’armée pour obtenir la nationalité américaine et combat lors de la guerre hispano-américaine. Après sa démobilisation, il s’installe en Oklahoma, c’était en 1918, au moment où une génération d’Américains mourait dans les tranchées d’Europe. Charles Sr rencontra alors sa femme, Selma Amelia Ekdol, une jeune fille d’immigré suédois, de 35 ans. Charles Jr eut un frère en 1921, Stanley.

Charles est un grand gaillard sportif qui joue au basket. Il est doué, très doué ! Il fait la une des journaux de l’Oklahoma pour ses exploits sportifs au point qu’il est admis à l’université via une bourse obtenue grâce à son talent de basketteur. Mais dans le même temps, comme il est naturel, avant-guerre, de s’engager dans l’armée, c’est dans la Réserve qu’il choisit de s'enroler. Il est admis au Reserve Officer Training Corps.

Entretemps, il rencontre une jeune fille du nom de Hetty Ruth Carnell, qu’il épouse le 27 mars 1942, quelques jours seulement avant de partir pour la guerre. Il termine sa formation au ROTC en mai 1942 avec le grade de 2nd Lieutenant, et on lui propose d’entrer au Finance Corps. Mais Charles a un élan de patriotisme, et demande son affectation dans l’infanterie. Le 2 juin, il reçoit son ordre d’incorporation dans le service actif, et devient Platoon Leader dans le 15th British Infantry Reserve Training Corps Regiment.

Charles et Ruth
avant l'embarquement pour l'Europe

En août 1942, son unité embarque à bord du Queen Elisabeth et atteint Gourach en Écosse, le 5 octobre 1942. Il a sous sa responsabilité, pour son premier commandement, cinq 2nd lieutenant et deux-cent hommes de troupe. En Grande-Bretagne, il prend le commandement d’une compagnie d’approvisionnement attachée au 1st Highlander Regiment sous commandement britannique, puis débarque à Alger le 10 novembre 1942.

Deux jours plus tard, il devient Platoon Leader dans la compagnie A du 39th Infantry Regiment de la 9th Infantry Division. Pendant ce début de campagne d’Afrique du Nord, les troupes américaines sont sous-estimées par le commandement anglais. Mais c’est grâce aux initiatives personnelles d’officiers américains, comme Charles, que les premières unités américaines vont être lancées dans la bataille. Charles est affecté au Heavy Platoon  de la compagnie B et connaît son baptême du feu début décembre 1942.

Il va continuer la campagne d’Afrique du Nord durant laquelle il perd de nombreux hommes, jusqu’en mars 1943, lorsqu’il est promu 1st Lieutenant. Il est alors nommé à l’état-major du 1st Batallion (toujours du 39th I.R.), en tant que S-3 – Plans & Operations Officer. Il reçoit également la Bronze Star pour « actions méritantes en opération sur le terrain contre l’ennemi, sur le théâtre d’opérations nord-africain ».

Charles peu de temps après sa promotion au rang de 1st Lieutenant, Afrique du Nord

Alors qu'il est en poste à Bizerte, au 39th I.R., arrive le Lt. General Patton. Charles est là, lorsque Patton briefe les officiers de l'unité. La nuit du 10 juillet 1943, tout le monde embarque pour l’opération Husky : l’invasion de la Sicile. Alors S-3 du 1st Batallion, à la mi-août 1943, Charles est de nouveau envoyé sur les sentiers de la guerre, et devient l’Executive Officer de la compagnie A, jusqu’en décembre 1943, lorsqu' il prend le commandement du détachement de Police et des Prisons du 39th I.R.

En mai 1944, la division est en Angleterre, et Charles effectue une demande pour obtenir un commandement dans l’infanterie, sentant que l’invasion tant attendue se prépare. Il est nommé Executive Officer de la compagnie D du 39th I.R. Le 10 juin alors qu’il débarque sur Utah Beach, il est blessé et évacué directement en Angleterre, recevant sa première Purple Heart.

Ce n’est que le 20 juillet que Charles rejoint son régiment. Il arriva sur Omaha Beach et reçoit six jours plus tard  le commandement de la compagnie C du 39th I.R., ce qui sera son dernier commandement. Il se bat durant la campagne de Normandie, et sa compagnie y subit de lourdes pertes. Pour ses actions et celles de sa compagnie à Chérencé-le-Roussel, du 6 au 10 août 1944, Charles est décoré de la Silver Star, et la compagnie C reçoit la Presidential Unit Citation ! Le 20 août, il est promu Captain, pour fait d’armes.

Puis vint la route des libérations. Il passe au sud de Paris, ensuite bifurque vers le nord pour aller libérer la Belgique. En quelques jours, ses hommes sont aux portes du Reich, et c’est dans un petit village allemand que la guerre de Charles prend fin. Le 14 septembre 1944, deux jours après l’entrée du régiment en Allemagne, un déluge de feu s’abat sur le petit village de Lammersdorf. Les hommes ne savent pas où s’abriter, Charles lui, tente de remettre de l’ordre dans sa compagnie, debout, sur la route, il donne ses ordres. Dernier baroud d’honneur pour le Captain Scheffel qui est projeté contre les chenilles d’un blindé par le souffle de l’explosion d’un obus de 88 allemand.

Il sera évacué à Spa, blessé grièvement à la jambe, puis transporté d’hôpitaux en hôpitaux, jusqu’en janvier 1946, date de sa retraite officielle, pour handicap causé par blessures de guerre.

Pendant son service, il a gagné le Combat Infantrymen Badge, deux Purple Hearts, la Bronze Star pour ses actions à Chérencé-le-Roussel (où sa compagnie reçut la Presidential Unit Citation), la Silver Star et la Croix de Guerre française.

Comme des millions d’autres après la guerre, Charlie et Ruth, sa femme, fondèrent une famille et continuèrent leurs vies. Ils demandaient peu. Charles savait quelle chance lui avait été offerte de revenir chez lui, et le couple cherchait simplement à être heureux. Ils travaillèrent dur et prospérèrent. Leurs filles, Susan et Elaine, leur fils, Lee, grandirent et devinrent des membres productifs de la société.

En créant un bureau d’assurances fructueux dans l’Oklahoma, Charlie et Ruth purent voyager dans le monde entier. Son fils lui lança même un défi, et Charlie devint pilote d’avion alors qu’il était quinquagénaire, ce qui augmenta ses envies de voyage. Après sa retraite, Ruth et lui continuèrent à voyager autant que sa santé le lui permit.

Malheureusement, il survivra à sa Ruth tant aimée dès leur première rencontre, et bien que seul, il gardera son enthousiasme pour les voyages. Il avait suspendu au mur de sa chambre à coucher une carte du monde, avec une épingle plantée sur chaque endroit qu’il devait visiter. Il retira récemment une épingle de l’Antarctique, qu’il découvrit sur un brise-glace soviétique avec une de ses petites-filles. Son but étant de visiter chaque pays du monde et d’enlever toutes les épingles de cette carte.

En plus des visites touristiques des endroits les plus exotiques du globe, Charlie a marché sur les terres où il s’est battu pendant la guerre, essayant de comprendre ce qu'il s'est passé durant ces temps troublés où la tyrannie voulait dominer la Terre. À la ferme de la Gallerie, près du village de Chérencé-le-Roussel, il raconta son histoire pendant quatre jours à la propriétaire actuelle, une dame dont la famille possédait la ferme pendant la guerre, lorsqu'elle était petite fille. Elle présenta à Charlie une bouteille de Calvados de la ferme, qu’il partagea avec d’autres membres de la Compagnie C lors d’une réunion annuelle de l’Association.

Plus tard lors de ses voyages, à Lammerdorf, Charlie s’est agenouillé dans un fossé, à l’endroit de sa dernière bataille, et a prié pour ses hommes qui moururent autour de lui ce jour-là. Ils ne se sont jamais éloignés de son esprit.

Aujourd’hui, Charlie est mort paisiblement sur sa chaise, et c’est un grand vide qu’il laisse aux États-Unis, mais également en Europe. Un homme est parti, un héros a rejoint ses hommes, et j’ai perdu mon ami, grand-père d’outre-Atlantique…

Clément Derbaudrenghien
101st Airborne Belgian Friendly

 

Charles récemment, lors d'une interview
pour la série "WWII in HD".